Rebondissement
Après m’être fait raccompagner dans ma charmante bourgade de Pétaouchnok par ma non moins charmante bienfaitrice à la suite d’une éclatante soirée de jeux de société, ponctuée de fous rires et de verres de muscat, de vin et d’un peu de jus de fruit, j’entre dans mon immeuble. Je rentre chez moi.
J’entre dans l’ascenceur, sans savoir que celui-ci me jouera un tour. Sans me douter une seule seconde de son imminente trahison … J’appuie sur le bouton “4″. Arrivé au 4e étage, rien, le silence assourdissant de la nuit : les portes de l’ascenceur ne s’ouvrent pas. Autant j’avais l’habitude de faire des cauchemars terrifiants sur des ascenceurs de gratte-ciel qui s’arrêtaient aléatoirement sur des étages dévoilant des mondes incroyables, autant là, j’ai eu à faire face à la réalité de ma solitude, coincé avec moi-même dans 4m² de tôle.
J’ouvre la porte intérieure de l’ascenceur pour faire un état des lieux : je suis bien au 4e étage mais 20 à 30 centimètres au dessus du niveau du 4e étage, expliquant ainsi la fermeture de la porte extérieure. Je referme la porte intérieure, éspérant déclencher une mini-descente et la stabilisation de l’ascenceur. Rien n’y fait ! Au contraire, l’ascenceur décide de monter, comme s’il était hanté. J’appuie sur tous les boutons au delà du 4e étage pour qu’il s’arrête mais je n’obtiens qu’un refus manifeste d’obtempérer. Saleté de machine.
J’arrive au 10e et dernier étage de l’immeuble, toujours coincé, toujours cette dénivellation. Je retente une ouverture mais rien. Je joue la prudence - je me sens pas de chuter d’autant d’étages - et passe un coup de fil à ma mère, pas pour lui donner mes adieux mais pour qu’elle réveille le gérant. Ce qui me laisse le temps d’examiner le mécanisme de la porte extérieure et de remarquer une sorte de ressort ou poulie, mécanisme qui m’a, au final, permis de sortir indemne de cette situation que je commençais à croire inextricable. Avec élégance et non-challance, j’atteris sur le sol hostile du 10e étage, accueilli malgré moi par les aboiements de chiens pestilents, heureusement enfermés à double tour dans le domicile de leurs maîtres. Quelques étages plus bas, je remercie le gérant de s’être levé et rassure ma mère.
Je suis à la maison. Ah ! Mais zut ! Je savais que j’avais oublié quelque chose : les affaires de sport dans le coffre de Virginie. Tant pis, je dors …